Parcours du fondateur

On entend souvent dire que pour faire du journalisme il faut une grande culture. Ce n’est pas mon cas. En revanche j’ai construit mon parcours sur la bonne foi et la curiosité, qui permet de se forger sa propre culture et de l’enrichir au fur et à mesure des besoins.
La bonne foi est une expression assez naïve mais qui pour le traitement de l’information est primordiale : le journaliste n’est pas objectif en soi mais la déontologie associée à ce métier permet de tendre vers. La réalisation d’un sujet repose sur vos connaissances à l’instant T et les sources croisées. Si vous manquez certaines données vous pouvez faire une erreur ou une omission qui altère la compréhension. C’est pourquoi il est primordial de mettre en place les droits de réponse et demande d’adendum. Choses souvent négligées voir refusées sans raison par plusieurs médias et qui empêchent l’évolution de l’information. Traiter l’actualité implique une ouverture à la contradiction, c’est ce qui différencie le communiquant du journaliste même si ce dernier est “militant”.

J’ai commencé cette activité avant de rentrer en école de journalisme, en créant un site web sur l’actualité musicale qui mettait en relation les sujets d’un artiste avec l’actualité. Une prise de position et un complément d’information. Militantvibes.com a existé de 2007 à 2016.

J’ai réalisé plusieurs stages dans des rédactions : auprès de RespectMag, magasine sur la diversité de la République française.
Je réalise ensuite un stage à Canal 10 Guadeloupe ou tout en étant étudiant, je me retrouve à réaliser les prises de vue et interview du gouvernement sous la présidence de Nicolas Sarkozy ainsi que du parti d’opposition, le PS. Très rapidement je me retrouve avec un certain dégoût dans la bouche, en constatant que la rencontre avec des “célébrités” semble plus importante que le fond des questions. Ainsi nous nous retrouvions à servir la soupe à Claude Guéant en répondant avec légèreté aux invitations officielles d’une communication gouvernementale très bien huilée. Par exemple, en pleine polémique sur les propos racistes du ministre de l’intérieur, nous allons l’interviewer à la sortie d’une projection sur le héros noirs de la libération haïtienne : Toussaint Louverture. Un peu gros et facile…

Je quitte ce stage à la sortie de cette interview. Il m’est ensuite proposé par mon école de me rendre trois jours au centre de formation de la Police Nationale. Nous devons y réaliser un exercice où les Procureurs de la République et des officiers de Police s’entrainent avec des étudiants en journalisme – à répondre sans sortir de la feuille de route fournie par le ministère de l’Intérieur – un épisode des plus enrichissant et qui souvent me revient lorsque je constate qu’un évènement affectant les Policiers est minoré (décès d’un fonctionnaire) ou quand un Procureur ment pour défendre les intérêts du ministère (affaire Adama Traoré). Ces directives ministérielles peuvent autant être douloureuses pour le public que pour les fonctionnaires. J’essaye de prendre du recul pour intégrer ces deux aspects au delà de mes engagements contre les violences policières. Chercher la pertinence sans négliger l’un des partis. Ainsi des policiers me livrent des confessions allant de l’interdiction de parler du meurtre d’un collègue visant à faire passer l’évènement pour un accident, sous motif d’élections proches ou encore de la possibilité de saboter les outils de contrôle des policiers, telles que les caméras embarqués dans les patrouilles, de manière à couvrir des bavures.

S’ensuit un autre stage de deux semaines au sein du service communication de la DICoD, rattaché au ministère de la Défense. Je réalise des interviews et article au sein de l’Ecole Militaire à Paris dans le cadre du séminaire interarmées des grandes écoles militaires. Cet épisode couplé à mon intérêt croissant pour l’histoire expansionniste de la France et les interventions militaires modernes me permettront, tout en étant critique, d’obtenir pour mon site internet une accréditation presse auprès des services de communication de la Défense. Le personnel me témoigne de sa déception de voir le journalisme se désintéresser de l’actualité de la Défense.

Mon désir d’indépendance et de liberté rédactionnelle, couplé à une position ferme sur mes conditions de travail, me font m’éloigner de la série interminable de stage (où l’on se retrouve à concevoir des contenus pour deux à trois cents euros quand rien que son loyer avoisine les 600 euros). Je passe alors une dizaine d’années dans des emplois alimentaires où je m’intéresse aux politiques d’entreprise et aux conditions de travail. Je me retrouverai plusieurs fois au chômage, notamment après avoir prononcé des critiques contre la mairie de paris lorsque j’y fus vacataire dans les musées, ou après avoir contesté le managment du groupe Picard qui visait à m’interdire de prendre une pause pour aller aux toilettes et qui occasionnait à mes collègues  des maladies lourdes telles que des sciatiques. Vendeur, assistant de magasin, ouvrier dans une imprimerie, intérimaire, agent d’accueil et agent de sécurité font partis des emplois que j’ai réalisé. C’est pour moi la partie essentielle de mon parcours puisqu’elle m’a permis d’avoir conscience des conditions de travail dans notre pays et des écarts colossaux entre les chantres du néolibéralisme affirmant leur impossibilité d’entreprendre et la réalité d’un système ourdi de failles quand il s’agit de générer des profits contre les salariés et parfois, contre la survie même de l’entreprise.

Durant cette première décennie d’activités professionnelles j’élargis les publications de mon site web à l’actualité géopolitique africaine et les implications françaises. Je rejoint notamment l’association Survie et enquête et me documente à partir de 2012 durant trois années sur la situation au nord Mali. Me permettant d’être inscrit comme contributeur du livre “La guerre au Mali : enjeux et zone d’ombre” aux éditions tribord. Je participe aussi à l’organisation d’une conférence à Saint Denis  sur la Paix au Mali qui fit intervenir des associations et l’ancien ministre malien Issa Ndiaye. Je découvre à cette époque très sensible concernant la diffusion d’information sur le Mali, des actes de corruption à Montreuil entre la diaspora malienne et des députés de la Défense française. Je recevrai d’ailleurs des menaces de mort à la suite de révélations sur des subventions publiques particulièrement clientélistes et utiles au discours officiel du gouvernement. Reporter Sans Frontière refusera de traiter mon cas.

Tout en continuant ce travail d’enquête, je suis mis au courant de la présence d’un bureau politique du groupe terroriste malien MAA en région parisienne et me rend sur place pour valider l’information.
Je participe en tant que public à de plus en plus de conférences sur la géopolitique. Je prend contact avec d’anciens directeurs de la DGSE peu bavard mais souvent déçus par les choix politiques des présidences française et qui s’imposent à eux dans la gestion des affaires françaises. Toujours dans cette optique de croiser des sources avec ouverture d’esprit.

Je m’oppose à des désinformations d’une extrême droite putaclick et me retrouve victime d’une campagne de calomnie du militant Kémi Séba lorsque je dénonce son idéologie de but en blanc tout en soulignant ses compromissions avec des financiers européens tels que Frédéric Pap. Je suis alors inventé juif ashkenaz travaillant pour BHL et constate avec quelle facilité il est possible de manipuler les foules en utilisant son imaginaire. Quelques appels à descendre à mon domicile sont réalisés sur une page facebook à 100.000 abonnés. Je comprend alors l’intérêt d’utiliser un pseudonyme pour travailler avec davantage de sérénité et de sécurité. Je choisis Tristan Boileau.

Je rencontre ensuite un ancien prisonnier politique français, Martin Marschner, qui me confirme ses révélations sur le financement du génocide rwandais par Bercy. Il manque cependant la publication de documents que l’ancien gestionnaire de fonds dit détenir. Conscient de l’enjeu je demande du soutien avant de mettre davantage les pieds dans ce sujet. L’association Survie refuse d’enquêter et de publier sur cet aspect. Je quitte la structure.

Des problèmes financiers et de logements interviennent au même moment. Je résidais à Aubervilliers dans l’un des nombreux taudis hors de prix, qui prennent régulièrement feu. Je peine à retrouver du travail.

Je me reconverti en agent de sécurité pour assurer les factures et déménage à Nantes où commence ce nouveau projet : Expression Interdite.